L’euro numérique “de gros” : vers une nouvelle ère de la finance interbancaire européenne (complément du précédent post)

🔍 Tandis que le projet d’euro numérique de détail
continue de susciter scepticisme et débats, la Banque centrale européenne (BCE)
avance à pas assurés sur un autre front : celui de l’euro numérique interbancaire, aussi appelé “euro numérique de gros”.
Moins médiatisé, ce chantier n’en est pas moins stratégique : il vise à moderniser les règlements entre institutions financières à l’aide de technologies blockchain, tout en préservant la stabilité du système bancaire.
🏦 De quoi s’agit-il ?
La BCE vient de publier la liste des participants retenus pour la première phase
de son projet de monnaie numérique interbancaire. Sans surprise, toutes les grandes banques européennes figurent parmi les acteurs sélectionnés.
Cette première étape, baptisée « Pontes
», consiste à connecter les plateformes DLT (Distributed Ledger Technology)
aux services TARGET
de l’Eurosystème, c’est-à-dire les infrastructures de paiement et de règlement de la BCE.
Le lancement pilote est prévu pour le 3e trimestre 2026, marquant le début concret de l’intégration des technologies blockchain dans les échanges interbancaires.
🚀 Une phase 2 déjà en préparation
La deuxième phase, nommée « Appia
», visera à développer une véritable infrastructure de CBDC de gros entièrement intégrée.
Ses objectifs :
- permettre la programmabilité
des paiements (exécution automatique selon des conditions prédéfinies),
- assurer le règlement atomique
(paiement et livraison simultanés),
- faciliter les opérations de change
et les transactions transfrontalières
au sein d’un cadre européen harmonisé.
Contrairement à l’euro numérique de détail, cette version “de gros” fait largement consensus
entre les banques et la BCE. Les acteurs financiers y voient une modernisation nécessaire
des circuits de paiement interbancaires, sans remise en cause de leur rôle central dans la création monétaire.
⚙️ Deux modèles encore en discussion
Deux grandes architectures sont aujourd’hui à l’étude :
- Un registre unique intégré, combinant monnaie de banque centrale, dépôts bancaires, actifs tokenisés et stablecoins.
- Un réseau de registres interopérables, où chaque acteur conserverait son système mais connecté aux autres via des passerelles sécurisées.
La BCE n’a pas encore tranché, mais ces choix détermineront la manière dont les flux financiers européens seront organisés dans les décennies à venir.
ODDO BHF : première banque à intégrer un stablecoin dans ses réserves
🔵 Dans le sillage de cette dynamique, la banque Oddo BHF
vient de créer la surprise en lançant EUROD, son propre stablecoin en euros, validé par l’ACPR
(Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution).
Particularité notable : EUROD n’est pas adossé à une réserve séparée.
Alors que la réglementation MiCA
impose aux établissements de monnaie électronique une réserve 100 % liquide et isolée, les banques, elles, peuvent intégrer les stablecoins à leurs réserves fractionnaires.
Autrement dit, ces jetons numériques deviennent une composante du bilan bancaire, au même titre que les dépôts traditionnels.
💡 Une première en Europe
Oddo gère plus de 150 milliards d’euros d’actifs
et devient ainsi la première banque européenne
à franchir ce cap.
Même la Société Générale, pionnière dans le domaine avec sa filiale Forge, n’avait pas intégré directement ses stablecoins à son bilan.
Ce positionnement confère à Oddo un avantage compétitif inédit, tout en marquant une rupture dans la gestion monétaire
au sein du secteur bancaire.
Il ouvre la voie à une forme hybride
entre finance traditionnelle et finance tokenisée.
🌍 Quelles perspectives pour le secteur bancaire européen ?
Jusqu’ici, la prudence réglementaire avait freiné les initiatives des grandes banques sur les stablecoins.
Mais la décision d’Oddo pourrait bien changer la donne
: d’autres établissements européens pourraient suivre ce modèle, d’autant que la réglementation européenne est plus souple que celle des États-Unis, où les banques doivent maintenir des réserves totalement séparées.
Le message est clair : l’Europe ne veut plus rester spectatrice
de la transformation monétaire mondiale.
Entre CBDC interbancaire et stablecoins privés régulés, le vieux continent commence à se doter d’un écosystème numérique financier propre, apte à rivaliser avec l’hégémonie du dollar numérique.
👉 Chez Avenirfi, nous suivons avec attention ces évolutions qui redéfinissent les équilibres financiers mondiaux.
Si ces mutations peuvent sembler lointaines, elles auront à terme un impact sur l’économie réelle, la gestion de l’épargne et les mécanismes de financement.
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